• Margaux Liagre

Les dessous de l'avocat


Ce fruit, connu pour ses « bonnes graisses » est devenu, en quelques années la star des réseaux sociaux et particulièrement d’Instagram. En 2015, il était élu fruit le plus populaire sur le réseau Pinterest. Les Européens en sont des fervents consommateurs mais, la plupart du temps les fruits consommés viennent de l’autre bout du monde. Que se cache-t-il derrière le juteux business de l’avocat ?

De nombreux médias tels que Courrier International ou Die Zeit ont déjà alerté sur les conséquences dévastatrices de cette consommation de masse autour de l’avocat.

Comment l’avocat a-t-il atteint l’Europe ?

Originaire du Mexique ce fruit est parvenu aux abords de l’Europe au XVIIème siècle. Il est consommé pour son goût et sa texture, que l’on adore ou déteste. Ensuite viennent les bienfaits pour le corps: roi du « bon gras » il est devenu en quelques années un super-aliment dont aucune star ne peut se passer. Il est en effet réputé pour le coeur, la circulation, lutter contre le cancer, les rides et même la cellulite. Sa renommée est due au fait qu’il réduirait de 22% le « mauvais » cholestérol LDL grâce à la présence d’acide oléique.

Il est utilisé dans de nombreux régimes végétariens, végan ou paleo pour apporter des graisses plus saines que celles du beurre ou autre produit animal.

Une production dévastatrice


Le quotidien allemand Die Zeit a enquêté à Johannesburg, en Afrique du Sud, dans la ferme la plus exportatrice d’avocats au monde: ZZ2. Sous une immense pépinière naissent les plans d’avocats dans le noir, pour leur donner l’illusion d’être sous terre. Une fois grands, ils sont sélectionnés à la lampe torche avant de les placer dans une pièce baignée d’une lumière verte tamisée. A l’aide d’un rasoir, une partie de leur peau blanchâtre est décollée afin d’y tamponner un coton-tige imbibé d’hormones. Ils sont ensuite placés dans une serre surveillée de très près.

Afin de protéger les avocatiers, réputés pour être des arbres fragiles, les pousses sont alors greffées sur des arbres plus solides. Avant d’être mis sous terre, le sol est tamisé mécaniquement et le tronc badigeonné pour être protégé du soleil.

La conséquence écologique la plus désastreuse commence: l’avocat nécessite beaucoup, beaucoup d’eau. En effet, pour un kilo (soit 2 avocats et demi), 1 000 litres d’eau sont nécessaires. A titre de comparaison, un kilo de tomate ne demande que 180 litres d’eau et 130 pour de la salade. Le problème est que cette région manque cruellement d’eau. Les canicules et sécheresses ne font qu’accentuer ce phénomène qui met en péril les habitants et le bétail aux alentours.

La dernière ligne droite


Dès que les fruits sont prêts (à ne pas confondre avec mûrs ici), ils quittent la ferme pour rejoindre le Sud-Est du pays, à plus de 1 000 kilomètres. Ils sont ensuite chargés sur un cargo et partent vers Rotterdam. Après 26 jours de traversée, maintenus à une température de 6°C, et protégés dans des emballages plastique, les avocats arrivent à bon port. Ils sont amenés dans une mûrisserie, où on les aspergera de l’éthylène en gaz afin de contrôler leur maturité. Ils y restent environ 6 jours avant d’être triés et expédiés. Ils doivent être semblables et parfaits, à défaut d’être jetés car ils n’inspireront pas les consommateurs.

Ce fruit star qui remplit tous les poke-bowl ou garnit les avocado-toast n’est pas si innocent que l’on ne le croit. À choisir, essayez de diminuer votre consommation de fruits tropicaux, privilégiez les fruits de productions locales et  de saison. Si toutefois vous voulez absolument consommer un avocat, sachez que la Corse se lance dans la production d'avocats bio. Pas sûr qu'ils se retrouveront sur toutes les étales de supermarchés, mais cela reste l'option la moins dévastatrice pour l'environnement. 

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