• Margaux Liagre

Les dessous de la production des roses de Saint-Valentin


Chaque année ce sont 600 millions de roses qui se vendent à travers l’Héxagone. Et une grande partie d’entre elles sont écoulées à la Saint Valentin. Cependant un nombre très limité de ces fleurs est cultivée en France, ni même en Europe. Mais alors qu’elle est l’itinéraire d’une rose et à quel prix sont-elles produites ?

Si l’on retrace la provenance d’une rose, on s’aperçoit vite que celle-ci vient de loin, de très loin même. C’est en Afrique de l’Est, principalement au Kenya ou en Ethiopie que l’on retrouve les grandes fermes où sont cultivées nos bouquets. 31% des roses importées par l’Union européenne proviennent du Kenya, 12% en Ethiopie et moins de 10% pour l’Équateur et la Colombie. Une fois ces données révélées, il ne reste qu’un quart des roses qui sont cultivés en France.

Les roses, oui mais à quel prix ?


En vue du jour le plus important pour les ventes, de gigantesques productions se mettent en place afin d’avoir des quantités suffisantes pour répondre à la demande du consommateur.

Au Kenya, la majorité des fermes horticoles se trouvent autour du lac Naivasha, à plus de 2 000 mètres d’altitude. Mais cette distance a un coût écologique. Bien que les roses kenyanes émettent jusqu’à six fois moins de CO2 que les roses néerlandaises, du fait de l’utilisation de serres chauffées au gaz naturel, une rose demande tout de même 7 à 13 litres d’eau pour arriver à maturité. Cela a des conséquences graves. En effet des chercheurs ont constaté que le niveau du lac Naivasha avait diminué de 40% depuis les trente dernières années. Cette période de temps correspond en effet au début des fermes horticoles dans la région. S’ajoutent à cela les 72h d’avion permettant aux roses de parcourir les 7 000 kilomètres qui les séparent des Pays-bas, où elles transiteront ensuite vers la France. Durant tout ce trajet, la chaîne de froid doit être maintenue afin que les roses ne se dégradent pas. De ce fait un bouquet de 25 roses équivaut à un trajet en voiture de 20 kilomètres environ.

Dans la région du lac Naivasha, l’extension de ses fermes a provoqué de nombreux problèmes. En effet la ville a dû accueillir les 5 000 travailleurs des fermes ainsi que leur famille. La ville de Naivasha a donc vu sa population multipliée par 40 en moins de vingt ans. Cela engendre évidemment des problèmes d’infrastructures, qui n’arrivent pas à suivre. Les écoles sont surchargées et les places dans les hôpitaux sont rares. Cela a induit aussi de nombreuses tensions entre les locaux et les migrants arrivés travailler dans les fermes. Ces dernières sont entretenues par la baisse du niveau du lac régional, les fermes étant accusées de piller cette ressource au détriment des éleveurs et des populations locales.

Concernant les conditions de travails des salariés, une ONG québécoise a constaté en Colombie notamment que les journées de travail peuvent durer entre 6 et 10 heures selon la saison (la pleine saison étant celle qui vise à approvisionner la Saint Valentin). D’après Women Working Worldwide, les salaires des femmes travaillant dans ces exploitations varient entre 59 et 94 dollars par mois au Kenya et descendent entre 28 et 46 dollars mensuels en Ethiopie. Cela revient à calculer que, pour l’achat d’une rose à 1,5€ pièce, seuls 3 centimes reviennent aux travailleurs des fermes. Cela constitue 2% du prix de vente. En plus d’un salaire très bas, les travailleurs sont exposés à des risques élevés pour leur santé. Plus de 200 kilogrammes de pesticides sont pulvérisés par hectare de roses au Kenya, c’est deux fois plus qu’aux Pays-bas et 75% supérieur vis-à-vis de l’agriculture conventionnelle. Et cela n’est pas sans conséquence: les cancers sont très fréquents chez les travailleurs de ces exploitations. Les femmes sont souvent touchées aux alentours des 45 ans en Équateur par exemple. N’étant pas souvent déclarées, elles ne peuvent donc pas bénéficier d’aides financières ou de soins adaptés.

Certaines solutions ont vu le jour. En effet certaines fermes assurent une « pratique plus responsable » en labélisant leurs fleurs « commerce équitable ». C’est une assurance de plus qui affirme diminuer de moitié l’utilisation en eau, utiliser moins de pesticides et améliorer les conditions de travail. Cependant, en France aucune charte éthique n’a été adoptée par l’une des principales enseignes de fleurs en ligne, par exemple. Car les labels n’entraînent pas un cercle vertueux pour le marché horticole. Ils ne sont donc ainsi pas valorisés par le marché. Aujourd’hui, seules une vingtaine de plantations sont certifiées « fair trade » (= commerce équitable). Il est donc préférable de consommer des fleurs locales et de saison. Alors on oublie les roses pour la Saint Valentin, on les privilégie entre mai et octobre, période de leur pleine saison !

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