• Margaux Liagre

Rencontre : Marie Bongars nous parle du ‘no-bra’

Symbole de la libération féminine, la tendance du ‘no-bra’ fait de plus en plus d’adeptes. Plusieurs études en vantent les mérites, et les femmes qui le pratique mettent en avant le confort que procure le fait de ne plus porter de soutien-gorge.


Adieu le soutien-gorge. Elene Usdin pour Le Monde

À 31 ans, Marie Bongars est la créatrice du podcast "Une sacrée paire d’ovaires" et gère le compte Instagram "All ovaires the world". Elle pratique le ‘no-bra’ de façon intermittente et elle a accepté de m’en dire plus sur cette tendance grandissante.


Un symbole politique


"Le ‘no-bra’ c’est juste le fait de ne pas porter de soutien-gorge ! explique-t-elle, avant d’ajouter : Cette tendance est arrivée en France il y a 10 ou 20 ans, mais a été un symbole de la révolution féministe dans les années 68 par les féministes américaines. Elles conseillaient de jeter les soutien-gorges à la poubelles" et non pas les brûler comme le dit la légende précise-t-elle.


Historiquement pourtant, le soutien-gorge était né pour libérer les femmes des corsets. Inventé en 1889 par Herminie Cadolle, le ‘bien-être’ comme il s’appelait à l’époque, était une révolution pour les femmes. "Le soutien-gorge a été un moyen pour les femmes de la fin du XIX de s’émanciper du corset, d’être un peu plus libre. Au fur et à mesure des années, c’est devenu quelque chose qui avait un peu plus tendance à contraindre les femmes", explique Marie Bongars.


Alors, rejeter le soutien-gorge est-il aujourd’hui un signe d’émancipation féminine ? Pour Marie Bongars, il y a une nuance. "Aujourd’hui l’émancipation c’est surtout de faire ce qu’on a envie. Ce qui fait le fait d’être une femme émancipée ou du moins une femme libre c’est d’avoir le choix dans ses actions et de faire ce qu’on a envie". Le no-bra s’est imposé en réponse aux obligations de la société qui nous soutenait que porter des soutien-gorges était indispensable pour ne pas avoir les seins qui tombent ou les tétons qui pointent. "Obligatoirement ne pas en porter c’est un peu un signe de révolution. Mais la révolution tout court c’est de faire ce qu’on a envie" ajoute-t-elle.


Pour certaines, ne pas porter de soutien-gorge relève d’une dimension politique, ou du moins militante. "Quand on est dans des grandes institutions ou représentée publiquement, ne pas porter de soutien-gorge, ça se rapproche d’un acte politique et/ou militant. Ça vous expose à des remarques et à des critiques." Pour illustrer cela, Marie Bongars cite le scandale qu'a subit la journaliste Anne-Claire Coudraix qui n’avait pas mis de soutien-gorge sous une robe en cuir en 2013 lors de la présentation du JT. "Elle a eu un sermon et a dû s’expliquer publiquement. On parle quand même d’un téton ! Si demain Patrick Poivre d’Arvor a son téton qui pointe sous la chemise, je suis pas sûre qu’on en fasse un scandale. On dira juste qu’il y avait un peu trop de clim dans la cabine de journaliste" renchérit-elle.


Comment adopter le ‘no-bra’ ?


La raison première des femmes qui pratiquent le ‘no-bra’, c’est le confort. "Je connais peu de personnes qui ont une poitrine qui n’enlèvent pas leur soutien-gorge dès qu’elles rentrent chez elles. Ça veut quand même dire que ça nous gêne. C’est révélateur" estime Marie.


En plus d’un plus grand confort, le ‘no-bra’ a des avantages sur la santé. "Mis à part d’augmenter la fermeté des seins, d’avoir moins de mal de dos, de tonifier les muscles de la zone du thorax et de la poitrine, il y a des effets sur la circulation sanguine et lymphatique." Sous les aisselles, se trouve une très grande zone de vascularisation, qui est très importante. Lorsque l’on porte un soutien-gorge, le sang circule moins bien et obstrue les zones vasculaires. "Et puis ça fait pas travailler la zone de la poitrine. Le ‘no-bra’ a souvent eu la réputation de faire tomber la poitrine parce qu’elle était pas soutenue mais c’est complètement faux. Scientifiquement, les études montrent que ça permet de la tonifier" précise-t-elle.


Marie Bongars pratique le ‘no-bra’ de façon intermittente : "je suis aussi kiné et donc je suis en contact physique avec les gens. Le soutien-gorge me permet d’avoir quand même une distance en plus, hormis le fait aussi que j’adore la lingerie". Elle conseille de faire une période de transition en passant par des brassières de sport ou des soutien-gorges sans armatures, par exemple. "Lorsqu’on décide de les enlever complètement, si on a peur d’avoir un peu trop les seins visibles, on conseille aussi de mettre un débardeur fin, qui permet de faire une barrière en plus".


"Quand on fait du A ou du B c’est un peu plus facile de ne pas porter de soutien-gorge, mais c’est vraiment une question de transition" précise-t-elle. "Les gens ont peur de pointer des tétons, que les seins balancent. C’est vrai, obligatoirement, les seins sont moins maintenus. Mais je pense que c’est surtout une vision de l’esprit. On aura éventuellement quelques remarques, de toute façon on a l’habitude en tant que femmes d’avoir des remarques" ironise-t-elle.


Une manière d’accepter son corps


"Au-delà du symbole militant, du confort, je pense que le ‘no-bra’ c’est une façon de transiter vers l’acceptation de son corps. J’ai eu pas mal de messages de personnes, et en fait, leur problème ça n'est pas forcément de ne plus porter de soutien-gorge, mais d’accepter leur poitrine. On nous a tellement vendu une poitrine parfaite qui faisait un 90C, haut maintenue, galbée, alors que personne n’a ces seins là" explique Marie Bongars.


Elle ajoute que "c’est aussi l’expression d’un diktat et de normes d’une poitrine parfaite. Cette pratique permet aussi, à mon avis, d’apprendre à aimer sa poitrine et son corps. C’est même la première étape pour faire du ‘no-bra’. Je pense que c’est une super manière de se rendre compte que nos seins sont très bien."


"C’est sur ce genre d’actions qui paraissent un peu futiles, qu’on peut se rendre compte qu’il y a un cheminement derrière tout ça. Ça n'est pas juste le fait de foutre ton soutien-gorge à la poubelle, ça va plus loin que cela."

Après la barrière de l’acceptation de soi, "le plus difficile, c’est le regard des autres. Que ce soit que les gens remarquent que la poitrine est plus libre, que les tétons pointent, dans certains milieux c’est pas très accepté." Au Canada, une serveuse a été licenciée parce qu’elle ne portait pas de soutien-gorge et que cela "ne respectait pas les standards vestimentaires" de l’enseigne. "On parle quand même de sous-vêtements. Des obligations vestimentaires ça existe et je les comprends, mais là on parle de sous-vêtements, c’est intime" s’indigne-t-elle.


Pour surmonter les remarques désobligeantes, Marie Bongars estime que, "déjà, la plupart du temps ce sont des hommes cisgenres qui vont vous faire des réflexions sur vos tétons. Clairement les tétons chez les hommes et les femmes sont exactement les mêmes. Avoir les tétons qui pointent ça arrive à tout le monde quand il fait froid, quand il y a des changements de températures". Elle ajoute ensuite : "pour moi, ça passe plus par l’acceptation de soi. À partir du moment ou tu t’acceptes et tu as réussi à faire un travail sur toi pour te libérer de tes complexes, les remarques des personnes extérieures elles ont très peu de poids. Au delà de se focaliser sur les autres, il faut vraiment s’accepter tel qu’on est et travailler sur sa conception de soi-même avant tout. C’est le plus important."

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